18 août 08
Mention spéciale ponctualité
On vous l'avait bien dit, fallait écouter : le Québec c'est pas une excroissance de la France.
Le Québec, c'est une enclave francophone (face à 300 millions d'anglophones écrasants) en Amérique du Nord.
Le Québec, ca fonctionne en grande partie comme le reste de l'Amérique du Nord.
Et qu'est ce qu'il y a de sur et certain en Amérique du Nord ?
T'es ponctuel ou tu meurs. D'abord tu te fais lourder, ensuite tu meurs (si tu veux, ca te regarde)
Ainsi, quand une administration nord américaine vous dit "8 semaines de délai", ca veut dire 8 semaines.
Dépôt du dossier pour visa permanent au bureau de l'immigration du Québec : 19 juin (selon l'accusé de réception de la poste)
Emission de l'accusé de réception du dossier : 14 août
Réception du courrier avec matricule de dossier : 18 août.
Si je n'ai rien oublié de crucial dans mon dossier (Oh petit Jésus, faites que non...allez j'ai rien de vilain à confesser faites un geste siouplé !), et s'ils maintiennent leur train d'enfer, dans un mois j'ai le certificat de sélection ma parole !
Et au printemps le visa ?!?
Quand je disais que ça va vite...
Ca y est, c'est parti pour de bon cette fois. Cooooooooooooool..........
PS : en plus les contacts dans l'administration sont appelés "agents de soutien", classe hein ?
Et non sous-fiffre du feignant du bureau 4A ni préposé à la cafetière...
Pis moi mon agent, il s'appelle Gaétan. Gaétan, pourvu que ton prénom me porte chance !
15 août 08
Pourquoi tu pars ?
Actualités obligent, on me demande souvent pourquoi j'ai décidé d'émigrer.
Et pourquoi là-bas, où l'hiver dure 6 mois et où l'été tu te fais bouffer par les "bibittes".
Et pour quoi faire, comme si l'avenir ici était plus prometteur.
Et à quoi je m'attends, comme si je ne savais pas que je me mets de moi-même au défi.
Et si je suis sûre de moi, comme si je ne m'étais pas posé la question...
Parfois je verbille des dithyrambes sur le pourquoi du comment du parce que du comme ceci comme cela. Sauf que sur le fond je n'ai pas besoin de raisons. Jusque là j'ai toujours fait les choix qui s'avéraient les meilleurs pour moi. Jusque là, tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour aller plus loin en avant, me faire progresser et allonger la liste de mes expériences. Mon projet était là depuis longtemps, sauf que je voulais plus d'expérience avant de lancer la grosse artillerie. Alors je le fais parce que c'est le moment et qu'après l'heure, c'est plus l'heure.
Et puis il y a cette chanson. Je l'ai entendue maintes fois et jusque là elle n'avait jamais eu de sens particulier pour moi. Etienne Daho : le premier jour (de ta vie). Voyez plutôt :
Un matin comme tous les autres / Un nouveau pari
Rechercher un peu de magie / Dans cette inertie morose
Clopin clopan sous la pluie / Jouer le rôle de sa vie
Puis un soir le rideau tombe / C'est pareil pour tout l'monde
Rester debout mais à quel prix / Sacrifier son instinct et ses envies / Les plus essentielles
Mais tout peut changer aujourd'hui / Est le premier jour du reste de ta vie / Plus confidentiel
Pourquoi vouloir toujours plus beau / Plus loin plus haut
Et vouloir décrocher la lune / Quand on a les étoiles
Quand les certitudes s'effondrent / En quelques secondes
Sache que du berceau à la tombe / C'est dur pour tout l'monde
Rester debout mais à quel prix / Sacrifier son instinct et ses envies / Les plus confidentielles
Mais tout peut changer aujourd'hui / Est le premier jour du reste de ta vie / C'est providentiel
Debout peu importe le prix / Suivre son instinct et ses envies / Les plus essentielles
Tu peux exploser aujourd'hui / Est le premier jour du reste de ta vie / Non accidentel
Oui tout peut changer aujourd'hui / Est le premier jour du reste de ta vie / Plus confidentiel
En gros c'est ça : prendre sa vie à bras le corps, en faire exactement ce qu'on veut.
Je peux exploser aujourd'hui, et je vais pas me gêner.
12 août 08
"Oui vous en faites pas, y aura pas de problème..."
Ça peut sembler crétin à dire, du reste c'est en effet assez crétin, mais voila : j'aime bien quand les choses vont dans mon sens. Pas forcément tout le temps mais une fois de temps en temps et si possible pour ce qui a le plus d'importance. La qualité et non la quantité, en somme...
Tout ça pour dire qu'en gentille fille obéissante que je suis, j'ai appelé l'immigration québécoise ce matin. J'avais en effet en mémoire que tout changement de situation (professionnelle dans mon cas) devait être signalé. Mais n'ayant pas encore reçu l'accusé de réception par lequel un dossier est officiellement ouvert (et immatriculé), je présumais qu'il serait inutile de leur adresser quoique ce soit puisque ce ne serait rattachable à rien. A force de bouffer des circulaires administratives, ayé, je commence à capter un peu leur logique...
Alors me vla sur le serveur téléphonique de leurs services. Je me ballade de sous-chapitre en sous-segment et jamais je ne correspond au cas énoncé. "Pis" je reviens en arrière et attends quelques minutes pour accéder à la douce voix d'une conseillère. Et là que c'est bon : d'abord d'entendre son accent, ensuite de parler à quelqu'un qui laisse l'autre terminer ses phrases et répond point par point aux questions posées.
Cette agent à l'amabilité bien nord-américaine m'a rappelé tout ce que je n'aime pas ici, dans le mode d'échange entre les gens. Elle a fait son travail sérieusement en m'aiguillant et en m'accordant quand même un gros quart d'heure au téléphone, là où je m'attendais au service express bien de chez nous : "allo bonjour, non désolé vous êtes dans le mauvais service, c'est comme ça je peux rien faire pour vous, oh hé le prenez pas sur ce ton c'est quand même pas de ma faute ho !".
Au final, il en ressort que mon accusé de réception devrait arriver vers le 20 août et qu'il est inutile de leur faire connaître mon changement de situation tant que je n'ai pas un autre contrat. Elle m'a confortée dans mon idée d'enchaîner les CDD et intérim en attendant le visa, m'a renseignée sur l'utilité de faire une demande d'équivalence sur mes diplômes et sur les possibilités pratiques de trouver un job avant le visa. Je peux encore chercher THE firm pour qui je serais le mouton à 5 pattes, justifiant de ne pas embaucher un canadien ou un résident permanent...mais c'est relativement peine perdue. Mieux vaut les lister comme prospects pour les harceler une fois sur place.
Mais surtout, on en est venues à jaser sur le fait que les quotas ont à peine été atteints en 2007. J'ai demandé comment se faisait-ce, elle m'a expliqué qu'il y a beaucoup de dossiers rejetés. Question suivante, évidente : "comment savoir si son dossier a des chances...". Alors elle a rétorqué, "c'est une question de profil socio-économique et de maîtrise du français". S'en est suivit un blanc, puis elle m'a interrogée sur mon profil. Deux questions lui ont suffit : mon âge et mon niveau de formation. Enfin la dame au doux accent a dit les mots magiques : "Oui ne vous en faites pas, il n'y aura pas de problème. Vous êtes exactement dans la cible".
Fin de la conversation : si mon dossier est bien complet (ce que je crois, à moins d'avoir vraiment débranché lors de mes vérifications pré-envoi), compte tenu de mon profil, je devrais faire partie des wagons de demandeurs à qui on fait gagner du temps en leur épargnant l'entretien préalable. En clair, environ 2 mois de gagnés.
Et mine de rien, un compte à rebours s'est déjà déclenché, visant à être sur place en juin pour me faciliter l'accès au logement (renouvellement des baux locatifs chaque année le 1er juillet : autant ne pas arriver après) puis avoir l'été pour trouver du job en vue du ramdam de chaque rentrée.
A ce stade, il ne manquerait plus qu'une horrible surprise au niveau fédéral : soit un grave problème de santé que j'ignorerais encore, soit un casier judiciaire bien noirci sans que je le sache. Je ne suis pas une criminelle et je n'ai pas de maladie lourde à ma connaissance, alors qui m'aime croise les doigts et les orteils !
26 juil. 08
Allez viens, je t'emmène en ballade
Alors voila, samedi matin, réveil tardif. Réflexe café, lecture des mails et des news, et puis envie de me nourrir des images de là-bas. Ca fera comme la tartine qui irait avec le café (si je n'avais pas cette flemme monumentale d'aller me toaster un English bread).
Déambulation aléatoire dans Google images, puis je découvre la galerie Flickr de Marie-Laura.
Madame a l'oeil et madame aime manifestement sa ville. Elle se fait des rodéos photos à Montréal et alentours et m'en donne plein d'eau à la bouche.
Pour les glandeurs du WE, ceux chez qui il pleut ce matin, ceux qui n'ont pas envie de sortir, ceux qui aiment Montréal, ceux qui seraient tentés de la découvrir : allez-y donc faire un tour, vous verrez ça fait du bien.
PS : et les autres albums de la galerie de la dite damoiselle sont au moins aussi canon. Ambiance grands espaces canadiens...tout ce que j'attends...
14 juil. 08
"Je reviendrai à Montréal....dans un grand boeing bleu de mer..."
Un mois que mon dossier est parti.
Tâchons de penser positivement : c'est déjà un mois de moins sur les quelques 12 qu'il faudra avant de pouvoir partir. Pas de nouvelle de l'immigration, ma petite boulette de fiche mal remplie a soit été traitée, soit pas vue. Qui sait, le dossier traîne peut-être quelque part dans une pile haute comme le mur ?
Difficile de m'organiser maintenant.
Difficile car tout n'est que moyen terme, et quoique j'entreprenne, je suis obligée de tout commencer comme du temporaire, en laissant des ouvertures pour en faire du durable. Mais il n'y a rien de pérenne et le très court terme se gère tout seul.
Ainsi, le terme immédiat me sert bien à liquider des pans de ma vertigineuse to-do list. Et à chaque fois que j'efface une de ces choses que je remettais sans cesse au lendemain, j'ai l'impression de clore un chapitre, de m'alléger. Cette vie à courte vue est pleine de tris ; de paperasserie (eurk) ; de rendez-vous médicaux tant que j'ai encore une mutuelle ; de nouvelles lunettes tendance "je suis une personne d'une remarquable intelligence, si si, vous pouvez me faire confiance...ALLEZ embauchez moi bordel !!". Mais ça ne va guère plus loin. Car tout peut toujours changer sans préavis.
Le moyen terme est un grand capharnaüm. Pas question de m'endormir sur mes assedic avant d'avoir mon visa, il faut que je bosse. Mais quelle que soit la démarche, je ne saurai pas si elle durera ou non tant que je ne serai pas fixée sur mon certificat de sélection (phase québécoise du recrutement d'immigrés, avant la phase fédérale canadienne). Ou comment on en vient à faire des candidatures qui se veulent les plus enjouées possible pour des offres en CDI tout en préservant les moyens de rester libre en vue du "mois M" (inutile de parler de jour J pour le départ, ça ne va pas se faire en 1 jour). Ou comment on commence à se délester de ses affaires tout en continuant à en acheter quelques nouvelles (la faute aux soldes), en se demandant à quoi on tient vraiment et ce qu'il en restera, "après"...
Parfois, je doute.
Contrairement à ce que semblent penser tout un ensemble de personnes qui me renvoient l'image d'une sorte d'électron increvable, et bien oui, je doute. De mon avenir, de ce dont il sera fait, mais plus grave, de ce que je veux vraiment.
C'est une chose qui arrive quand on n'est pas seul à tenir son destin en matin. Car on vit suspendu au bon vouloir d'une administration, situation très difficile pour qui est de nature autonome et entreprenante...
Et je sens que je me trouve à la croisée de deux vies. Complètement opposées, mais qui ont autant de chances de se produire.
Dans l'une, j'obtiens mon visa, je pars, j'assume mon choix, les risques et les galères attenants, et je me reconstruis une vie là-bas dans les grands espaces.
Là, ce sera une aventure intérieure délirante et matériellement, un retour des années en arrière. Le temps de me refaire. Ce sera un réseau à reconstituer, le tri naturel dans les amitiés françaises, des liens qui se distendront mois après mois tandis que d'autres se fortifieront. Probablement toute une culture professionnelle à réapprendre, une vie de découvertes. Des challenges sur ma route dès chaque lever de soleil.
Dans l'autre, je n'obtiens pas de visa ou pire, je me laisse piéger par de nouveaux engagements. Comme un prochain boulot par exemple. Et je finis par craquer mon PEL pour me poser à la campagne dans deux ans, avec pour leitmotiv principal de refaire les revêtements de la maison et d'aller bêcher mon jardin.
Et quand je fais part de mes doutes, on me répond : va savoir où tu vas repartir, tu vas repartir. Dans un forum d'émigrés au Québec, je lisais la contribution d'un local. A la question d'un français qui, en bon assisté qu'il est, demandait comment trouver du travail depuis Paris, sans bouger son steak sur place, le local répondait : "Un conseil, si tu n'as pas un peu l'esprit aventurier, reste en France. L'immigration demande pas mal de sacrifices mais aussi d'être parfois légèrement inconscient dans ses décisions".
Cet homme parle d'or. L'aventure va se poursuivre, à moi d'être tour à tour patiente puis speed, la tête dans l'avenir mais les deux pieds dans le présent, réaliste mais inconsciente, consciente des difficultés mais prête à les ignorer, téméraire mais prudente, prête aux sacrifices mais vigilante sur lesquels, capable de m'engager dans une voie en sachant que je peux la quitter sans préavis, attachée mais détachée.
Et en attendant, je suis boulonnée à ma chaise. Et purée, ça me file des crampes...
17 juin 08
Envole moi...
J'ai couru, et jusqu'à cet après-midi, je courais encore.
Je courais comme si j'avais un rendez-vous, comme si j'étais limite d'arriver en retard.
Je courais avec un sac à l'épaule, chargé de papiers.
Je suis allée à la Poste, et mon usage restreint au strict minimum de ce service donnant peu d'occasions de fréquenter leurs locaux, je m'étonnais de la progression de leur équipement. Comme si j'étais venue acheter un steak, je sélectionne l'option "envois" sur une borne qui me tend en retour le numéro 701. Dans 701 il y a 7, la chance ; 0, la transition ; 1 : le début...
Interprétation fantaisiste des chiffres alors que je n'y connais rien, mais interprétation chargée de mes espoirs. Le temps de découper une photo passeport, de l'agrafer sur un formulaire officiel pour lequel j'ai du m'y reprendre à 10 fois avant de le remplir sans ratures, sans jargon imbitable. Le temps de refaire un tour rapide de cette épaisse liasse de papiers...contrat d'autonomie financière...extrait d'acte de naissance, copies conformes des contrats de travail, des diplômes et des notes attenantes, mon diplôme d'anglais, mon certif de PAO, les pages d'identification de mon passeport, la petite lettre polie d'accompagnement...
3 cm de papiers que je glisse d'une main un peu fébrile dans une grosse enveloppe à soufflets, avant de remplir un bordereau d'envoi par recommandé, de payer le gentil monsieur souriant du guichet, de dire au revoir et de ressortir.
Elle va voyager, mon enveloppe. Demain ou après-demain, elle sera décachetée par quelqu'un à Paris, qui la mettra dans une chemise, parmi d'autres chemises dans une bannette. Quelqu'un d'autre viendra vider la bannette, et ma chemise partira dans un bureau. Pendant 3 à 6 mois, elle ira de main en main. Des gens liront ma vie sur formulaires, évalueront mon parcours, passeront probablement quelques coups de fil à droite à gauche à des personnes que je me suis efforcée de briefer, me convoqueront peut-être à un entretien. Et un jour je l'espère, d'ici 6 mois, la chemise sera tamponnée et on m'enverra mon St Graal : un certificat de sélection. Après quoi il faudra que je passe une visite médicale, demande l'extrait de mon casier judiciaire (fort heureusement blanc comme neige de début de saison) et renseigne quelques informations sur ma famille. Après quoi tout repartira à Paris, pour à nouveau 5 à 9 mois. Et ensuite, si j'ai un peu de chance, on me demandera mon passeport. Je devrai le faire partir dans une enveloppe officielle nommée "la brune", du fait de sa couleur. Et au bout de cette dernière ligne droite, il y aura un visa de séjour permanent.
Elle renferme mon choix de vie, cette enveloppe. J'aimerais pouvoir la suivre, m'immiscer dans la tête des gens qui la dépouilleront pour leur donner envie de me dire oui et de me le dire vite. J'aimerais pouvoir voyager dans le temps, même pour un petit aller-retour présent/futur/présent. Je crois en mes chances, mais l'attente sera pénible.
Elle contenait mon dossier de demande d'immigration au Québec, cette enveloppe. J'ai mis tellement de temps à la préparer, que le jour venu de la poster, j'étais pressée, alors je courais. Je passais entre les gouttes et en sortant de la Poste, il faisait un grand soleil et je marchais d'un pas lent et détendu.
Par les temps qui courent, je crois que j'ai le droit d'y voir un signe...
11 nov. 07
Des bons points pour des images
A l'école, on n'avait droit aux images qu'après avoir accumulé des séries de bons points. M'en souviens bien, j'ai jamais eu beaucoup d'images moi... ;-(
Mais ici c'est l'école buissonnière, rien à foutre des bons points, je sers les images gratuitement et avec plaisir. En accusant un certain retard, c'est de bonne guerre. C'était le temps que je me remette en selle, que j'absorbe beaucoup beaucoup du travail, que je récupère ma nouvelle machine de guerre (la full metal jacket de la PAO avec CS3 que c'est de la bombe atomique), que je bidouille pas mal de mes zimages du Canada...et que je poste. Du courage, du courage...
Ayé tout est en ligne, pour votre bon plaisir mes chers amis.
En 4 albums : l'Ontario, Montréal, Québec et Terre Neuve. Ma préférence à moi : Terre Neuve, obligatoire...
Enjoy !
05 nov. 07
La cabane à retour + 8 jours
8 jours que je flotte...
Que je peine à absorder le jetlag particulièrement vachard avec moi ce coup-ci. En même temps la faute à qui ? A ces ânes battés d'Air France. Grâce à qui j'ai eu la grande joie, en guise de bienvenue chez vous, de glander debout pendant 4h le dimanche de mon retour, dans les couloirs surchauffés de Roissy. 4h sans avoir même le droit d'annuler mon vol car personne ne pouvait savoir si le vol pour Lyon serait maintenu. "Suspendu jusqu'à nouvel ordre, mais pas annulé", qu'ils vous disent.
Autrement dit vous êtes l'otage d'Air France. Si vous vous barrez pour choper un TGV (quoique même cette option semblait ingérable puisque tous les trains étaient pris d'assaut), vous avez le prix de votre billet dans l'os. Donc vous voila, super flappi après n'avoir pas dormi durant votre vol transatlantique (raccourci à 5h pour cause de changement d'heure en Europe pile la nuit en question), à faire le pied de grue à votre terminal, en espérant que deux morues volantes daignent travailler juste 2h dans la journée, le temps de vous ramener chez vous (charges comprises).
Une fois chez moi environ 4h après l'heure prévue, trop tard pour dormir, mais trop besoin de dormir. De là, vous faites la sieste qui vous sera fatale et que vous allez payer pendant une semaine. Je dors 11h par nuit et je n'arrive pas à me lever.
Le lundi au boulot fut juste une journée désolante de mauvais temps, de mauvaises humeurs autour de moi, de tensions palpables, de ras le bol quand ce n'est pas de j'm'enfoutisme aggravé parmi certains de mes collègues chéris que j'aime (pas).
Depuis lundi soir je ne travaille officiellement plus au bureau mais depuis chez moi. Après une bataille contre les lois de la gravité informatique, me voila installée, équipée, fin prête. Demain la machine de PAO arrive céans, demain est aussi le premier cours de ma session CS3. Demain est le vrai redémarrage. Et je ne suis pas prête, mais quand faut y aller...
Les photos sont au chaud sur des CD, j'ai une flemme monumentale de m'en occuper. Même après un pont de 4 jours, je viens seulement ce soir de sortir les articles manquants sur Québec (ceux que le PC de l'auberge avait mangés tout chaud, l'enfoiré). Peut-être que d'ici à la fin du mois j'aurai réussi à secouer ma viande et poster les photos. Elles me plaisent, ces photos, elles me font chaud au coeur.
Et le Canada me manque...et j'ai la méchante envie d'y retourner...
27 oct. 07
La dernière heure
On aura beau me dire que toutes les bonnes choses ont une fin, que sans cette fin on n'apprécierait plus les bonnes choses, qu'il faut partir pour revenir et revenir pour repartir, qu'une fois chez moi je serai bien contente d'y être...tout ca tout ca...moi je n'ai juste pas envie de partir.
Le mois est passé à toute allure. D'avoir bien occupé mon temps, chaque journée et chaque lieu portant leur lot de souvenirs et de vécu. Un mois c'est une vraie coupure, suffisante pour que rentrer ne soit pas si pénible que ca. Mais suffisante pour savoir si on resterait bien là ou pas.
Le Canada est un vrai beau pays. Encore porteur de rêves et d'espoirs, où toutes les portes ne sont pas fermées ni le système grippé. Un espace qui n'a pas tous les vilains défauts de la vieille Europe, même s'il en a d'autres. Un endroit où je voudrais revenir, pour étendre ma zone d'exploration, pour revoir les amis rencontrés en chemin, pour profiter encore de la famille ici. Un autre voyage pour...
- skier dans les Rockies
- retourner à South River en hiver, faire du chien de traineau et soudoyer Joe pour qu'il me laisse l'aider en cuisine (!!!)
- déblayer la neige devant la porte
- manger la poutine par moins 40 degrés
- essayer de marcher sans glisser dans les rues glacées de Montréal, au mois de février
- retourner chez Auntie je sais plus quoi sur Water Street à St John's, racheter des bonnes confiotes typiques de Terre Neuve
- entendre à nouveau The Navigators live en Terre Neuve, en buvant des litres de bière ambrée toute la soirée
- être sur les cotes du Labrador en juin pour voir des monsto-icebergs puis traverser toute l'île vers Gros Morne et halluciner sur la puissance de Mère Nature
- revenir vers le lac St Jean au printemps pour voir ce que ca donne en mode tout vert puis tracer dans le Saguenay faire du kayak et approcher les baleines (certes là y a un souci de saison mais on s'en fout ceci est une liste hypothétique)
- faire du surf à Halifax (pouarf !) et explorer la bonne vieille Nova Scotia
- partir au Nunavut, y apprendre à construire des igloos et voir de loin des ours polaires se faire des mamours
- Déambuler sur les cotes du Pacifique en British Columbia (rien que le nom de la province me berce)
- Batailler avec Chuck, le chien de mes cousins qui m'aime parfois un peu trop et me bave dessus pour bien se faire comprendre
- Réussir à choper des places pour voir les Canadiens au centre Bell en n'étant pas trop mal placée je vous prie
- Défier les lois du gel en mangeant un Beaver Tail dans la rue, au marché d'Ottawa, sans que mes doigts ne se décrochent instantanément
- .../...
Il est impossible de prétendre avoir voyagé au Canada quand on enchaine cote ouest vers cote est en l'espace de quelques semaines. Je n'ai traversé que 3 provinces et suis loin d'en avoir fait le tour même si, aux dires des locaux, mon parcours était déjà énorme. Alors dans quelques heures, alors que je survolerai le ciel canadien pour la dernière fois avant nouvel ordre, j'aurai fatalement en tête le petit air de Charlebois, dont je savais bien avant d'arriver ici qu'il serait là à l'heure dite...celui qui dit que je reviendrai à Montréal dans un grand boeing bleu de mer, que j'ai besoin de revoir l'hiver et ses aurores boréales...
J'ai laissé quelque chose ici, pourvu que je le retrouve quand je reviendrai !
PS : à venir rapidement le billet sur Québec qui était quasi terminé mais s'est envolé dans les méandres de nulle part, quand le PC de l'auberge a planté...alors que bien sûr je n'avais pas sauvegardé. Faudrait quand même pas croire que je vais devenir efficace non plus...
PS bis : et puis dans les jours prochains, mise en ligne des ouamille milliards de photos.
26 oct. 07
48h de pouls québecois
Pendant mes deux autres journées à Québec, considérant que j'avais parcouru à pieds le plus intéressant de ce qu'il y a à y voir, je me suis concentrée sur les musées et les cafés. Un autre facteur fut déterminant : une anglaise dans mon dortoir, très imbibée, qui signifiait bruyamment sa présence aux alentours de 4h du matin, en perdant chaque nuit quelques bouts de son maigre cerveau. Cerveau qui devait flotter dans la cuve d'alcool lui tenant lieu de boite crânienne, puisque les corps légers et évidés ont une légère tendance à flotter...Bref, grâce à elle, la grasse matinée devenait une obligation. Et j'attaquais donc mes journées vers 11h, après 1/2 litre de café (non pas du jus de chaussette américain je vous prie, oui du tord-boyaux européen là, voila, bien noir et bien sucré merci. Non gardez votre lait tellement gras qu'on dirait le fond du pis de la vache digne d'un reblochon. Bien noir et bien sucré. Voila...).
Pour commencer, j'ai visité le musée de "l'Amérique Française", tout un poème déjà en soit...situé dans l'enceinte du Séminaire de Québec. Autrement dit le fief des cathos rigides arrivés avec les matelots ignares aux tous débuts de l'aventure. Un site devenu progressivement un internat pour garçonnets de bonne famille, puis jeunes kids d'un peu partout, puis un modèle d'éducation "à la française" (mais parlant d'une France d'un autre temps). Avant de pénétrer dans le corps du musée, on parcourt des allées à l'intérieur du séminaire qui est encore aujourd'hui un lycée mixte. Drôle de sensation car l'atmosphère m'a pas mal rappelé mes 7 ans chez les frères Chartreux. Un quelque chose d'intemporel où circule du concentré de connaissance, toute une philosophie de l'éducation qui se veut humaniste mais qui en réalité pratique des méthodes archi rigides sur arrière-plan catho parfois un poil rétrograde. Mais il y avait un petit bout de madeleine proustienne dans ces lieux, c'était marrant.
Dans le musée, on mesure combien la religion a pesé dans la trajectoire du Québec. A une époque de monarchie de droit divin, l'intention politique de la couronne avait été de recréer une nouvelle France, purgée des vices de la métropole, plus unifiée que ne l'était la France d'alors, de se donner une nouvelle chance en mettant en exergue ce que cette France avait de bon. De générer une nouvelle lignée française meilleure que la première, quelque part une France qu'on voulait encore plus française. Saine, vertueuse, travailleuse, morale. En lisant tous ces panneaux, j'ai le sentiment de mettre le doigt sur un des noeuds des relations entre nos deux peuples. Je lis que le ferment québecois est alimenté d'élitisme (j'entends aussi les débats actuels sur l'existence bien réelle d'un vilain racisme dans la province) et je sens souvent que le Québec s'est développé au moins pour partie sur cette base (exemple : l'idée de parler le "vrai" français, authentique parce que plus ancien et non "dénaturé" par le mixage culturel, tel que la métropole l'a connu). En face, je sais que les français, fiers comme Bartabas, sont les champions du mépris et que cela n'épargne pas les cousins québecois. Finalement, s'agirait-il tout simplement de deux lignées d'un même peuple qui seraient atteintes du même symptôme ?
C'est un débat complexe. Nous nous ressemblons beaucoup et pas que par le maniement de deux variantes d'une même langue. Pourtant chacun a son histoire et évolue dans des directions différentes. Nous sommes liés, cela me paraît indéniable, même si les québecois ont beaucoup rejeté leur lien avec la France pour marquer leur identité. Le sujet véhicule une sorte de malaise, que j'ai trouvé assez palpable à chaque fois que j'ai mis un pied dedans durant tout ce voyage (et pas uniquement chez les francophones).
Le soir, j'ai refait un tour de la vieille ville en mode nuit. Pour profiter des éclairages et me marrer en regardant les gens se prendre des gadins sur la patinoire installée à l'entrée de la vieille ville, place d'Youville. Avec la musique typiquement québecoise en fond sonore, ils glissent, tranquilles. On dirait presque qu'ils dansent. Durant la soirée, je m'adonne à une des joies de la vie au Québec : pouvoir traîner le soir dans un Archambault. Comme une grande Fnac mais en juste 1000 fois mieux. Parce que les québecois, s'il y a bien un truc sur lequel ils n'ont de leçon à prendre de personne, c'est la musique. Alors un Archambault, déjà en général c'est immense. Avec un choix de CD, DVD, livres, BD et magasines à vous faire baver des litres. Et même des instruments de musique que vous avez le droit d'essayer sur place. Et pleins de bornes d'écoute pour goûter aux CD avant d'acheter et consommer jusqu'à l'épuisement. Bref, le pied.
Le dernier jour, je me suis promenée en dehors de la vieille ville, dans des quartiers plus récents, pas jolis jolis, pas des masses inspirants. Mais sortir du ghetto à touristes présente l'intérêt de me rapprocher de la tour Loews Concorde. Et en haut de cette tour, de l'Astral, restaurant panoramique qui offre chaque midi un buffet gargantuesque pour 20$ (là où n'importe quel Rital du centre touristique vous facture 25$ pour une assiette de nouilles que même en sachet lyophilisé ce serait pas pire...). Alors c'est le lâchage, je mange pour deux repas car ce soir pas moyen de dîner.
Et la vue vaut le déplacement, d'autant que le soleil est de retour pour l'occasion :
En sortant de là (double size me), je suis juste à côté des plaines d'Abraham et décide de prendre une marche digestive sous un chaud soleil. Je me pose sur un banc, regarde le St Laurent, les passants, les enfants qui jouent. Je reste là une partie de l'après-midi à bouquiner avant de prendre le chemin de l'auberge, récupérer mon sac en consigne et marcher lentement, très lentement, vers la gare. Où je reprends un train pour Montréal, puis une fois à Bonaventure, reprends un train pour Deux-Montagnes, et arrive chez mes cousins dans la soirée.
Nous sommes vendredi soir, je n'ai plus qu'une journée sur le sol canadien. Et je ne sais pas si je suis triste que ça se termine ou quelque part un peu contente de retrouver mes pénates. J'ai trop de choses dans la tête, tout est encore frais, le magma est activé et ma tête continuera à voyager encore un moment après le retour. Pour ne pas que ça s'arrête...jusqu'à la prochaine occasion de ressortir mon sac à dos...


























