15 févr. 11
C'est comme revenir et vouloir tout repeindre
Alors, mettons que je fus occupée. Oui oui.
Mettons que je perdis un peu le fil du temps, certes.
Mettons qu'en gros, j'avais autre chose à faire. Et pis voila.
C'est parce que reconstruire sa vie, c'est quand même une job à temps plein. Qui paie mal, du moins le temps que l'arbre sorte ses premiers fruits. C'est une foultitude hallucinante de détails qui s'enchainent sans prévenir, de choses à refaire auxquelles on n'avait pas pensé, de contretemps à gérer, de tentatives hasardeuses sur lesquelles on comprend vite qu'il ne faut pas trop miser. C'est aussi un train d'énergie qui vous pousse en avant en vous mettant des oeillères pour oublier le reste, et vous concentrer sur vos objectifs primaires : recommencer, sans répéter les erreurs passées.
Ca fera bientôt deux ans, oh boy. Deux ans. Et déjà tellement d'histoires que je n'ai pas racontées, tellement d'images en tête et de gens. Des changements qui se sont opérés à la surface mais surtout en dessous, et une vie qui commence à ressembler à celle que j'étais venue chercher. Après la course folle des débuts, est venue la longue foulée du deuxième tome, celui où on se pose pour de vrai et où on agit avec l'avenir dans un coin de la tête - et pas juste un avenir borné à dans deux semaines.
C'est le temps où on sait qu'on est où on devrait être. Le temps où on peut traverser la ville en auto sans jamais regarder les panneaux, car on l'a dans la tête, sa ville. Le temps où à chaque fois que, depuis l'autoroute et en dépit du trafic, voir la ligne d'horizon de sa ville rallume une flamme de joie. Le temps où on a ses petites adresses, un compte chez le boucher et le poissonnier, où on prend l'apéro le dimanche avec les voisins, où on va se pinther le vendredi avec les collègues, où on appelle les copines pour le prochain brunch, où on planifie ses vacances en ayant le goût, sincère et tenace, de les passer chez soi, parce qu'on aime ça, être chez soi.
C'est la fin de la course, c'est le début de la marche. Une marche ferme mais tranquille.
C'est donc comme revenir (à soi) mais vouloir tout repeindre (en plus beau, en soi un peu mieux). Avoir terminé son labeur et reconnecter les zones reculées du magma, frapper frénétiquement le clavier maintenant qu'on est fluent en qwerty, pour dire ces choses et ces sons nouveaux, qui viennent alimenter un magma pas si différent mais plus vraiment comme avant.
Pour commencer, peinture du blog, bientôt, quand j'aurai décidé la couleur. Puis peinture de chez moi, même causes mêmes effets donc délai indéterminé. Et qui sait, s'il me reste quelque chose de ma vie d'avant, alors peut-être aurai-je quelque assiduité à venir déverser mon magma plus souvent !
Pensée valentienne
Bon, depuis le temps que j'ai déserté la maison, il m'a fallu d'abord le temps de retrouver les clés, puis le chemin, et maintenant que je suis là je ne reconnais même plus les pièces. Faut dire que j'ai pas mal déménagé ces derniers temps, de quoi s'emmêler les pinceaux...
Alors j'ai tenté de trouver un sujet qui me plairait au moins à moi pour revenir dans mon chez-moi : en vain. Fait que je vais juste revenir comme on fait chez soi : comme ça.
Donc hier je me gaussais en lisant les aventures de Corto Maltese. Je fais un stage intensif en ce moment, sujet : plongée profonde dans mondes irréels et aventures fantastiques. Par les temps (météo) qui courent, faut ce qu'il faut.
Alors donc hier Corto naviguait dans quelques eaux brésiliennes, et jasait avec son ami ivrogne le professeur Steiner, en concluant un chapitre de ses pérégrinations par ceci : "Je pense que les femmes seraient merveilleuses si tu pouvais tomber dans leurs bras sans tomber entre leurs mains"
Parole de marin, parole d'homme, parole bien dite. Mais puisque la réciproque est tout aussi vraie, et que ce matin je me suis réveillée en réalisant qu'on allait encore nous bassiner du matin au soir sur la St-Valentin, et bien j'adopte la parole maltésienne et en fais mon crédo valentien. Ouep.

















