MAGMA MENTAL

Des idées, des mots, des images. Un magma mental...

18 juin 08

Mon épreuve littéraire

Mais non je ne repasse pas le bac de français...j'entame l'ascension d'un Everest de la littérature. Une grimpette mythique qui ne peut se faire sans respecter à la lettre les paliers d'acclimatation, sous peine de méchant mal des montagnes.

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GUERRE ET PAIX
Ça sonne comme le titre d'une thèse sur la géopolitique de la guerre froide. C'est un mastodonte de la littérature que j'ai longtemps repoussé à "plus tard quand j'aurai le temps", découragée par l'épaisseur des DEUX tomes et des tout petits caractères imprimés.

A l'école, je ne sais pas vous, mais moi, on ne m'a jamais appris Tolstoï. Je l'avais étiqueté chiant parmi les chiants, je m'imaginais qu'il était aussi suppliciel que Zola (que j'ai en horreur, qu'on se le dise). Il aura fallu un déménagement de bibliothèque grand-parentale pour tomber sur les reliques des lectures de ma mère et sauver quelques tomes, parmi lesquels les deux de la vie à la fois triste et rocambolesque de la mythique Anna Karénine. Et un jour au cours de mes études, ma main frôlait les rayons de ma bibliothèque et a délogé la fragile Anna d'entre ses voisins, sans grande conviction. Et puis ce fut l'aspiration. L'aspiration inspirante même.

Tolstoï a ouvert la voie vers Pouchkine (en livre ou à l'opéra, encore mieux) puis vers Dostoïevski ou même Tourgueniev. Pas forcément beaucoup plus digestes mais je ne sais pas, ces auteurs étaient des sorciers voleurs d'esprit. De ceux qui vous rendent esclave de votre lecture, incapable de décrocher, même quand dans le fond le sujet ne vous fait pas particulièrement vibrer.

Mais il restait Guerre et Paix. Je continuais à le classer au rang des corvées pro-fiche-de-lecture-mensuelle-pour-faire-remonter-sa-moyenne, de même intensité cauchemardesque que Germinal. Mais on m'avait dit tu verras : comme on finit par adorer Julien Sorel en dépit de tous ses torts et comme on finit par prendre Emma Bovary en pitié alors qu'elle est insupportable, tu seras happée par les Bezoukhov, Bolkonski, Rostov et Kouraguine. Des noms imaginaires mais tellement entendus qu'on les fusionne avec la vraie Histoire, des personnages dont les destinées se tissent sur fond de faits historiques réels mais que j'ai partiellement oubliés, un va-et-vient entre réel et romancé tellement magistral que l'oeuvre est considérée comme l'archétype ultime du roman classique.

Je ne suis pas une théoricienne de la littérature, ça me barberait de prendre les choses par ce bout. Mais certaines lectures vous marquent à vie et d'instinct je sens que Guerre et Paix va me faire quelque chose. Il rejoindra mon petit Panthéon personnel, aux côtés notamment du Prince des Marais (Pat Conroy), de la Douane de Mer (d'Ormesson), de Lolita (Nabokov), de la trilogie des Chemins de la Liberté (Sartre), du Tour du monde en 80 jours (Verne), du Procès (Kafka) et j'arrête là parce que je vais me noyer.

Je vais profiter du temps retrouvé depuis que j'ai été libérée de la tour (lachée dans la fosse à chomistes) pour ingurgiter lentement ces deux tomes. Et si j'y parviens avant 2012, je serai prête pour repartir "A la recherche du temps perdu" (Proust), car ça jusqu'à nouvel ordre, c'est le défi de ma vie de bibliophile...

Posté par marieguette à 16:20 - C'est bon pour ce qu'on a - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 juin 08

Envole moi...

J'ai couru, et jusqu'à cet après-midi, je courais encore.
Je courais comme si j'avais un rendez-vous, comme si j'étais limite d'arriver en retard.
Je courais avec un sac à l'épaule, chargé de papiers.

Je suis allée à la Poste, et mon usage restreint au strict minimum de ce service donnant peu d'occasions de fréquenter leurs locaux, je m'étonnais de la progression de leur équipement. Comme si j'étais venue acheter un steak, je sélectionne l'option "envois" sur une borne qui me tend en retour le numéro 701. Dans 701 il y a 7, la chance ; 0, la transition ; 1 : le début...

Interprétation fantaisiste des chiffres alors que je n'y connais rien, mais interprétation chargée de mes espoirs. Le temps de découper une photo passeport, de l'agrafer sur un formulaire officiel pour lequel j'ai du m'y reprendre à 10 fois avant de le remplir sans ratures, sans jargon imbitable. Le temps de refaire un tour rapide de cette épaisse liasse de papiers...contrat d'autonomie financière...extrait d'acte de naissance, copies conformes des contrats de travail, des diplômes et des notes attenantes, mon diplôme d'anglais, mon certif de PAO, les pages d'identification de mon passeport, la petite lettre polie d'accompagnement...
3 cm de papiers que je glisse d'une main un peu fébrile dans une grosse enveloppe à soufflets, avant de remplir un bordereau d'envoi par recommandé, de payer le gentil monsieur souriant du guichet, de dire au revoir et de ressortir.

Elle va voyager, mon enveloppe. Demain ou après-demain, elle sera décachetée par quelqu'un à Paris, qui la mettra dans une chemise, parmi d'autres chemises dans une bannette. Quelqu'un d'autre viendra vider la bannette, et ma chemise partira dans un bureau. Pendant 3 à 6 mois, elle ira de main en main. Des gens liront ma vie sur formulaires, évalueront mon parcours, passeront probablement quelques coups de fil à droite à gauche à des personnes que je me suis efforcée de briefer, me convoqueront peut-être à un entretien. Et un jour je l'espère, d'ici 6 mois, la chemise sera tamponnée et on m'enverra mon St Graal : un certificat de sélection. Après quoi il faudra que je passe une visite médicale, demande l'extrait de mon casier judiciaire (fort heureusement blanc comme neige de début de saison) et renseigne quelques informations sur ma famille. Après quoi tout repartira à Paris, pour à nouveau 5 à 9 mois. Et ensuite, si j'ai un peu de chance, on me demandera mon passeport. Je devrai le faire partir dans une enveloppe officielle nommée "la brune", du fait de sa couleur. Et au bout de cette dernière ligne droite, il y aura un visa de séjour permanent.

Elle renferme mon choix de vie, cette enveloppe. J'aimerais pouvoir la suivre, m'immiscer dans la tête des gens qui la dépouilleront pour leur donner envie de me dire oui et de me le dire vite. J'aimerais pouvoir voyager dans le temps, même pour un petit aller-retour présent/futur/présent. Je crois en mes chances, mais l'attente sera pénible.

Elle contenait mon dossier de demande d'immigration au Québec, cette enveloppe. J'ai mis tellement de temps à la préparer, que le jour venu de la poster, j'étais pressée, alors je courais. Je passais entre les gouttes et en sortant de la Poste, il faisait un grand soleil et je marchais d'un pas lent et détendu.
Par les temps qui courent, je crois que j'ai le droit d'y voir un signe...

Posté par marieguette à 15:55 - Ma cabane au Canada - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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